Théâtralité, rhétorique et expression
des émotions
au cours dun rituel thérapeutique conduit par des médiums lyonnais
Christine Bergé
GRIC Université Lumière-Lyon 2 CNRS
Le rituel dont je vais décrire la phase thérapeutique essentielle, réunit trois fois par semaine les membres dune organisation à caractère religieux, le Groupe Jeanne dArc, fondé à Lyon en 1906. Ce groupe emprunte à la tradition spirite ses modalités de "guérissage" ainsi que des croyances relatives à la survie de lesprit après la mort. Cette organisation sociale nest pas unique en son genre. De telles associations se sont élaborées au cours du XXème siècle, notamment en France et au Brésil, en combinant les héritages magnétiques et spiritualistes du XVIIIème et du XIXème siècle.
Le but de cette contribution est de montrer la manière dont la thérapeutique conduite par les médiums du groupe se soutient dune ritualisation des émotions (celles des médiums et des patients), au sein dun cadre théâtralisé qui conduit lobservateur à considérer les médiums comme des acteurs. La question de lapprentissage, du contrôle et de la régulation dans lexpression des émotions débouche sur une interrogation des rhétoriques spécifiques au rituel. Lefficacité thérapeutique sera abordée comme le résultat dune conversion des émotions pathogènes (acquises par le patient au cours de son existence) en des émotions bénéfiques (apprises et jouées lors du rituel) qui deviennent linstrument de la guérison.
À travers les dialogues dont jai recueilli le corpus, on peut noter les éléments dune rhétorique des émotions, dans la mesure où les émotions sont ici le support par lequel sont véhiculées des amorces de jugements qui conduisent les participants à élaborer et consolider leur croyance en la survie. Lintérêt de ces dialogues est de présenter une profonde intrication des vecteurs cognitif, pragmatique et axiologique, dans la construction de ces "scènes" du théâtre thérapeutique.
RETOUR1. Le rituel comme cadre interactif
Lobservateur mis en présence du rituel{1} se trouve demblée "placé" en fonction de rôles préétablis. En effet, on arrive ici dans un lieu et un temps institutionnalisés : le groupe réunit ses membres selon un dispositif répété à lidentique au cours des séances. Ce quon peut alors décrire comme une scénique présente un système de places et de déplacements autorisés (cf. schéma). Le public des personnes assises en rangs fait face aux médiums assis en cercle (les hommes dun côté, les femmes de lautre). Cette disposition métaphorise dune part lopposition entre un espace profane (celui du public) et un espace sacré (celui des médiums), dautre part une polarité au sein du groupe des médiums (hommes/femmes) qui condense à elle seule une part du discours magnétique sous-jacent{2}. Cest donc dans le public que vient se placer lobservateur du rituel, nayant aucune des qualités requises pour appartenir au groupe des médiums.
Schéma

Le rituel, dont je nexplorerai en détail que la troisième phase, se découpe en trois temps. Le premier est la méditation. Le maître de séance invite les participants à loubli de soi, à la détente profonde, à la respiration lente, afin de sunir à Dieu et aux "esprits-médecins" qui vont présider aux événements. Ce premier temps engendre un état dabandon musculaire et de réceptivité psychique qui prépare au bénéfice thérapeutique. Les sensations paisibles éprouvées par le corps accompagnent un travail psychique qui contribue à lélaboration de sentiments élevés : "On oublie les tracas, les souffrances du jour" a rappelé le maître de séance, lunion avec lau-delà ne pouvant sopérer que dans un esprit calme. Il faut souligner quil est fait implicitement appel ici aux "savoirs partagés"{3}. sur cet état de méditation, les participants mettant en oeuvre des techniques psycho-corporelles ainsi que des représentations communes sur ce quest lart de méditer. Cest donc toute une culture qui est suscitée, pour mener à bien cette première tâche du rituel.
Le deuxième temps est celui des passes magnétiques. Ceux qui le désirent quittent leur place et choisissent un médium vers lequel ils se dirigent : celui-ci libère son siège et le donne à larrivant, quil commence à magnétiser. Magnétiseurs et magnétisés jouent leur rôles en fonction dapprentissages définis. Chaque médium a exploré les différentes facettes de son art au cours dune initiation donnée par le groupe des "anciens" médiums : cest ce savoir qui est mis en oeuvre ici. Le magnétiseur, debout, actif, impose ses mains sur le corps du patient ou les passe à quelque distance du visage, des épaules, du ventre ou toute autre partie, selon la libre improvisation que lui permet lintériorisation de schèmes appris lors de linitiation. En font partie certaines sensations que lacteur peut témoigner percevoir avec ses mains, ainsi que la certitude dêtre "guidé" par un esprit qui lui inspire la partie du corps à toucher{4}. La gestuelle magnétique correspond aux héritages transmis depuis deux siècles, mais les médiums en élaborent une interprétation qui peut engendrer un "style" personnalisé. Cependant les excès de style, les gestes inadéquats ou toute autre intervention atypique seraient repris par le maître de séance. Le rôle de médium est ainsi reconnu comme tel en fonction dun modèle appris, et actualisé au cours de cette deuxième partie du rituel.
De son côté, le patient joue son rôle : le comportement adéquat est celui dune personne assise, réceptive, le plus souvent yeux fermés, et dont les manifestations sont elles aussi fonction dun éventail autorisé. Pleurs, soupirs ou sourires peuvent apparaître, mais pas de débordement sauvage comme cétait le cas lors de la "crise" magnétique occasionnée par les passes mesmériennes{5}. Le magnétisé indique par sa venue quil désire soulagement, et se conforme donc à un modèle. La ritualisation des séances, produit dune élaboration riche de presque cent années dexistence, offre un cadre à ces interactions qui cependant ne feront pas lobjet de la présente contribution. Notons seulement que cette deuxième phase a permis, pour les participants, de montrer les médiums dans leur action, et de créer des liens thérapeutiques, avant de commencer la phase de soins qui a pour nom : la chaise.
Lors de la troisième partie du rituel, des patients souffrant de troubles divers (maladies physiques, maux psychosomatiques ou psychiques) sont appelés tour à tour à venir s'asseoir sur une chaise disposée au centre du cercle des médiums, mais tournant le dos au public. Là encore, le déroulement des opérations est codifié. Face au public observant la scène, les médiums restent immobiles et silencieux, considérant le nouveau venu avec une grande attention. Puis ils ferment les yeux et sont censés entrer dans un état de transe plus ou moins profonde, selon une technique apprise lors de leur initiation. Parmi les médiums, lun dentre eux brise le silence et limmobilité, modifie visiblement son comportement : ses yeux se plissent, sa bouche se tord, il respire plus vite ou plus fort, commence à se balancer, ou à porter ses mains à sa poitrine, se plie en deux ou gesticule, commence à pleurer, ou à crier avec colère, à parler dune voix altérée, etc... Cest le signe quun "esprit" est arrivé sur la scène : le médium fonctionne en effet rituellement comme un prête-corps, censé ne pas sexprimer en propre, mais en tant que médium incorporateur devenu lhabitacle temporaire dun esprit invisible. À ce moment, le maître de séance chargé de conduire le rituel, sapproche du médium incorporateur. Jamais il ne le laisse en proie à une expressivité sauvage de ses émotions ; il vient linterroger, engageant un dialogue qui forme pour chaque patient une saynète particulière. Ce médium qui vient interroger le premier, je lappellerai médium négociateur.
Cette partie du rituel repose sur un système de croyances appartenant à la culture spirite : tout malade souffre dun tourment causé par un esprit perturbateur, la maladie étant conçue comme la partie visible dune relation conflictuelle avec cet esprit{6}. Le but du rituel est didentifier lesprit, qui se rend déchiffrable dans le corps du médium incorporateur. Le dialogue souvre donc entre le médium qui "représente" lesprit, et le maître de séance qui parlemente avec ce dernier. Si on nomme MI le médium incorporateur, et MN le médium négociateur qui engage le dialogue, nous pouvons explorer les modalités de ce dialogue. Cependant, il faut noter que linterprétation du rituel partagée par les participants nattribue pas les paroles et les manifestations de MI ou de MN à eux-mêmes : agissant en prête-corps (tel est leur rôle, ce quils ont appris à faire en tant que médiums) ils ne doivent pas laisser libre cours à leurs émotions personnelles, mais à celles dun "autre" en eux, quils doivent "jouer". Dans la signification du rituel, le "je" énoncé par MI est celui de lesprit ; et à travers MI, le "tu" auquel MN sadresse est celui de lesprit incorporé.
La scène médiumnique est donc une forme de théâtre particulier, dans lequel un esprit (dhabitude invisible, mais doué dexistence) se rend visible lors du rituel, par le truchement dun médium. MI se met en scène lui-même en tant que médium qui doit accomplir une performance : se montrer assez sensible pour capter lesprit, et assez maître de lui pour ne pas se laisser posséder par ce dernier. Se montrer devant tous comme un bon médium est lenjeu du rituel ; le médium y met en circulation une image de lui qui dépend de sa prestation. À la suite de Métraux (1955), Goffman a ébauché quelques réflexions sur des phénomènes semblables dans le contexte des rituels Vaudous (1973, 75). Mais l'ambiguïté de MI tient à ce quil doit encore mettre en scène lesprit quil incorpore. La question du contrôle dans lexpression des émotions sera centrale pour lanalyse, étant donné que le double discours tenu par la culture spirite tend à faire percevoir dune part le médium comme un instrument temporairement au service de lesprit qui se manifeste, et dautre part comme quelquun qui reste maître de lui-même et qui module les manifestations dont il est le siège. Les débordements émotionnels, sils se produisent, sont sévèrement repris par le maître de séance.
RETOUR2. Présentation du corpus
Jai choisi deux exemples typiques de mise en scène médiumnique ; les dialogues peuvent varier dans le contenu, mais les significations et la structure respectent le plus souvent un modèle que jai tenté ici de mettre en évidence. Dans les dialogues recueillis, je montrerai le double travail mené par chaque médium. Les questions et commentaires que MN adresse à lesprit doivent conduire à lélucidation du lien pathogène censé être noué entre lesprit et le patient, puis à lapaisement des deux plaignants (lesprit venu se manifester, le patient comme consultant). De son côté, MI doit "jouer" lesprit, le "laisser venir" et "repartir". Le type dinteraction est complémentaire, les émotions exprimées par MI étant déchiffrables en termes dune requête : la colère demande apaisement, la tristesse demande réparation, la haine demande louverture au pardon, etc...
Le dialogue porte une rhétorique simple : faire comprendre à lesprit (le "tu" auquel sadresse MN) que lémotion qui le lie au patient est source de maux, et quelle appartient à une situation ancienne dont il doit se détacher. En réalité, il semble à lobservateur que ce dialogue, par ricochet, doive atteindre le destinataire quest le patient : cest à ce dernier de se détacher des émotions pathogènes. On a donc un discours adressé indirectement au patient, mais cest cette indirection même qui semble efficace. Le dialogue doit rejaillir sur létat du patient qui voit ses maux joués par un tiers médiateur, jeu qui instaure une distance libératrice. Cette mise en scène utilise des éléments très proches du dispositif élaboré par Moreno (1975, 1984), linventeur du psychodrame qui faisait jouer par des acteurs nommés ego-auxiliaires, les personnages fantasmatiques dun patient psychotique. Le patient, qui assiste à linteraction entre les deux médiums, déchiffre ici une part de son histoire (cette "scène" appartient dailleurs à une histoire interactionnelle qui peut se poursuivre sur plusieurs séances). Lefficacité thérapeutique naîtra de la reconnaissance de la "personne" jouée par MI, cette reconnaissance occasionnant des émotions fortes, les plus susceptibles douvrir au patient une voie vers la guérison. Cette sorte de choc thérapeutique (surtout si le patient reconnaît un proche décédé) prend à la fois la forme dune commotion émotive et dun coup de butoir idéologique : cest ici lémotion qui entraîne lébauche de convictions concernant la survivance des esprits. Dans le dialogue, comme on le verra ici, lentité jouée par MI est parfois désignée : le frère, la mère du patient, etc. Mais parfois seuls apparaissent les pronoms, lidentification de lesprit étant laissée à la libre interprétation du patient.
Les émotions suivent un schéma de crise, dont on peut découper ainsi les étapes : immobilité et silence des médiums / interventions de MI et MN / pic de crise exprimant le conflit / apaisement. Rappelons que durant linteraction, MN nest pas censé exprimer des émotions personnelles, puisquil représente un esprit médecin, esprit évolué restant maître de lui-même.
Conventions de description :
italiques : attitudes corporelles et vocales
() ou ( ) : pauses plus ou moins longues
caractères gras : voix forte
/ : ton montant,
\ : ton descendant
2.1 Premier cas
Lesprit incorporé est celui dun jeune homme drogué, mort dune overdose : sa soeur et sa mère, qui lavaient rejeté, sont fortement dépressives.
(La patiente vient s'asseoir sur la chaise; une médium (MM) vient se placer derrière la patiente, pour la magnétiser)
1- MI (homme) : (yeux fermés, corps ployé en deux, gémissant, grimaçant) Oooooh () mmmm ( ) (soupire) Jai limpression dêtre passé sous un trente-huit tonnes ( ) Oooooh ( ) aïiiiiiii( )
2- MM (femme) : Cest son frère () Est-ce que () (elle cherche du regard dans la salle) la maman est là/ ( ) la maman peut venir/
(Une femme (la mère de la patiente) se lève, lair étonné, et vient s'asseoir sur une deuxième chaise quon installe, près de la patiente.)
3- MI : (grimaçant) ça mfait mal / ()
4- MN (homme) : (commence à masser le dos de MI)
5- MI : (repousse MN) ça mfait mal / Me touchpas commça/ tu mfais mal/
6- MN : (enlève sa main) regarde () ce corps que tu utilises ( ) il nest pas fracassé/
7- MI : Oooooooooh
8- MN : ce corps que tu utilises \ () il nest pas souffrant/
9- MI : (gémissant, secouant la tête) jen veux () à la terre entière\
10-MN : ça nte sers à rien/ den vouloir à la terre entière\
11-MI : (grogne, le corps toujours ployé en deux).
12-MN : (passe une main, à petite distance, sur le dos de MI) Tu es venu pour déposer\( ) ton corps nexiste plus/ il est poussière\ il est dans la terre\ il nexiste plus\ ( ) et toi () tu retrouves tes souffrances dans ce corps-là/ ( ) Il faut ten libérer/ ( ) ouvre ton () ouvre ce point\ () réconcilie-toi\
13-MI : (yeux toujours fermés, en direction des deux femmes assises) : jleur en veux/
14-MN : cest possible () que tu leur en veuilles/ ( ) mais cest passé/ ( ) ces rancunes() amertumes ( ) ça ira mieux ( ) tu en veux à ta souffrance/ ( ) plus rien nest cassé/
15-MI : (se met à pleurer dune voix de plus en plus aiguë)
16-MN : (lui masse doucement les épaules) redresse-toi\ ( ) doucement\
17-MI : (se redresse très lentement)
18-MN : regarde où tu es\ regarde bien ce corps () ce nest pas le tien le tien nexiste plus/
19-MI : (continue de redresser son buste)
20-MN : (en lui magnétisant le dos) continue de vivre\ ( ) à les aider\ à comprendre pourquoi ( ) ce qui sest passé\ ( ) ta rencontre avec elles\ ( ) la souffrance quelles ont elles aussi\() tout ça cest derrière/ ( ) prépare-toi à une autre vie/ (...) Demande ( ) demande ( )
21-MI : (se calme)
22-MN : Làaa (le masse doucement) Tu vois/ Regarde autour de toi () la lumière / ( ) Si tu veux leur dire quelque chose/ tu peux/ de façon à ce quelles repartent différentes ()
23-MI : (il dit quelque chose dinaudible)
24-MN : Prépare-toi à changer com-plè-te-ment ta façon dêtre ( ) Tu ne souffres plus tu continues ta vie ta route ( )
(Il sadresse à haute voix aux deux femmes) Cest un jeune homme qui a quitté son corps rapidement/ il faut le voir différemment/
25-La mère de la patiente : Cest dur/
26-MN : Il faudrait pouvoir en parler comme sil vivait ailleurs/ il vit toujours/ dailleurs\
27-La mère de la patiente : Cette nuit/il est venu me chercher/ il ma dit de venir/
28-MN : (Sourit) oui/ il avait besoin de ce dégagement ( )
(La mère et la fille rejoignent leur siège après avoir remercié.)
2.2 Deuxième cas
La patiente a été récemment opérée. Lesprit incorporé est celui dun mort non identifié, censé exercer une vengeance sur la patiente.
1 -MI (femme) : (yeux fermés, commence à se frotter les bras et les mains, vivement, comme si elle voulait enlever quelque chose)
2 -MN (homme) : Quest-ce quil y a / Quest-ce quil y a /
3 -MI : (voix plaintive) enlève-les moi / enlève-les moi/ (avec horreur, passant nerveusement ses mains sur ses bras, sans sarrêter, voix de plus en plus aiguë) enlève-les moi/enlève-les moi/enlève-les moi/
4 -MN : (il lui passe ses mains sur les bras, lui masse les bras et les mains, plusieurs fois de suite) : Làaa\ voilà\ jte les enlève ( )
5 -MI : (elle se met à gémir, puis pointe un doigt accusateur vers la patiente assise, en haletant, et commence dune voix aiguë) Elle ma fait enfermer avec les rats/ elle ma fait enfermer avec les rats / (elle halète) enfermer avec les rats/ elle ma fait enfermer avec les rats/ avec les rats/
6 -MN : Y a plus drats\ y a plus de ( ) doubliette/ ( ) regarde où tu es/ (voix douce) tu nes plus dans ce ( ) dans ce cul de basse-fosse tu ny es plus /
7 -MI : (se détend un peu)
8 -MN : (lui met la main sur la tête, puis la magnétise) tu nes plus dans cette prison/ ( ) regarde ce que tu es aujourdhui/ ( ) regarde ce quelle est aujourdhui/
9 -MI : (long silence, elle bouge un peu la tête)
10-MN : Oui ( )
11-MI : (voix toujours plaintive) Pourquoi/pourquoi/
12-MN : pourquoi/
13-MI : (le coupe) pourquoi elle ma fait ça/ (suppliant) pourquoi elle ma fait ça/
14-MN : (lui met une main sur les yeux) regarde en toi/() pourquoi\ ( )
15-MI : (silence) pourquoi elle ma fait ça /
16-MN : (ton plus ferme) regarde en toi/ pourquoi\
17-MI : (elle gémit, yeux toujours fermés, les bras tendus) mmm ( ) mmm ( ) mmm ( ) cest pas vrai /
18-MN : (voix douce) mais si /( )
19-MI : non\ ( )
20-MN : (lui met la main sur le front) mais si / ( )
21-MI : Jai pas pu faire ça /
22-MN : eh oui bien sûr/ tu nas pas pu faire ça / ( ) et elle non plus/ elle na pas pu faire ça/
23-MI : (elle tend les mains ouvertes, les joint)
24-MN : Et pourtant\
25-MI : (elle halète)
(Long silence)
26-MI : (elle renverse la tête, yeux fermés) jte dmande pardon\ (elle reste en silence, la tête renversée) Merci/ ( ) de mavoir ouvert les yeux merci/ (inaudible) merci() merci (elle soupire un peu, puis se calme au cours des passes de "dégagement").
La patiente remercie, et rejoint son siège.
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3. Éléments danalyse
3.1 La désignation des protagonistes :
problèmes de description
Dans les contextes chamaniques ou médiumniques, les paroles de divinités ou paroles desprits posent aux observateurs (ethnologues, historiens) un problème de description, quils ont résolu en attribuant les propos unilatéralement au chamane ou médium (cf. Guillemoz, 1994) ou à lesprit (de Beaulieu, 1994). Il me semble quau contraire il est important de rendre manifeste dans la description le dédoublement, voire l'ambiguïté qui préside aux arts chamaniques. Les paroles du tiers médiateur demandent en effet une séparation entre deux instances, puisque le médium (dans la signification du rituel) est censé ne pas parler en son nom propre, en tant que personne transversale (traversée par un "autre"). Pour résoudre ce problème, jemprunterai quelques éléments de réponse à lanalyse de la polyphonie telle que Ducrot (1984) la élaborée. Si en effet on se réfère au modèle du théâtre, on peut reprendre la distinction que cet auteur propose entre le locuteur et lénonciateur : " Je dirais que lénonciateur est au locuteur ce que le personnage est à lauteur ". Cependant, dans le cas du théâtre médiumnique, personne na écrit la pièce, qui se déroule selon une improvisation orale. La désignation des auteurs des paroles, faite ici sous la forme de MI et MN, prend donc en considération la fonction de ces médiums : ce au nom de quoi ils sont autorisés à parler. On ne saurait en effet concevoir ce type de dialogue dans le cours ordinaire de lexistence ; il n'apparaît quau sein des rituels, en dehors desquels il serait "déplacé". Comme le rappelle Goffman dans son exploration des "conditions de félicité" dun énoncé, celui-ci doit être produit selon une " disposition qui nous invite à juger les actes verbaux dun individu comme nétant pas une manifestation de bizarrerie. Derrière cette condition, il y a le sens que nous avons de ce que cest que dêtre sain desprit " (1987 : 267). Cependant, comme Goffman la montré, la vie ordinaire comporte lusage dun savoir-faire concernant un certain nombre de rôles que toute personne sociale met en scène (1973 : 74). Dans le même sens, Ducrot considère le théâtre comme le lieu dun des usages du langage ordinaire, dans lequel " il faudra considérer les personnages, puisquils sont les référents des "je" prononcés sur la scène, comme des locuteurs lauteur et les comédiens apparaissant cette fois comme les sujets parlants " (1984 : 205-6). Pour le corpus recueilli ici, on peut alors considérer MI comme le sujet parlant, et lesprit comme le locuteur représenté sur la scène.
Dans le rituel décrit ici, MI commence en général à parler yeux fermés : ce format de production (Goffman 1987 : 155) contraire à lusage ordinaire, appartient à un contexte spécifique : il métaphorise une cécité symbolique, par laquelle le sujet qui parle est censé être entré en communication avec lau-delà. Dans nombre de rituels chamaniques décrits par les ethnologues, les yeux du chamane sont également fermés, ou sont voilés par un masque de perles (ou encore le chamane est aveugle). La cécité symbolique désigne ainsi la fonction de médiateur avec lautre monde, et par conséquent un déplacement iconique : on change de lieu de paroles, et celui qui parle ici vient dailleurs.
Les émotions exprimées par le médium sont donc censées être celles de lesprit qui se manifeste. Mais puisque ces émotions sont liées au patient, on doit interroger leur mode de production. La désignation des protagonistes prend en compte ici le processus de dédoublement perceptif du médium : létat de transe quil doit avoir appris à maîtriser ouvre à un mode de communication spécifique, caractérisé par une forte empathie {7}. Cette empathie, que les médiums décrivent lors des témoignages donnés à lobservateur, prend appui sur une réceptivité majeure du médium, à son premier contact avec le patient sur la scène. Le médium incorporateur se retrouve, pour ainsi dire, dans la peau de lautre. Mais, et ceci est dimportance, il doit jouer les émotions ressenties, tout en leur donnant une version maîtrisée, verbalisée, et signifiante.
RETOUR3.2. Lexpression des émotions :
la question du contrôle
Dans le premier cas, qui met en scène le frère de la patiente décédé dune overdose quelques années auparavant, MI exprime une douleur intense à la fois par sa gestuelle et ses paroles. On peut noter la manière dont les plaintes initiales laissent place à une verbalisation qui devient de plus en plus significative. Cette évolution est conforme à la déontologie médiumnique exigeant la maîtrise dans lexpression des émotions. Celles doivent être guidées selon un processus dentrée et de sortie : fortement exprimées au début, avec tout loutillage de la communication non verbale, elles sont progressivement apaisées.
Les émotions manifestées par MI portent une signification : elles indiquent la nature du mal, et signent lévolution du patient (évolution qui concerne à la fois son réseau de liens, son degré de spiritualité et son état de santé). Par exemple, dans le premier cas, les souffrances exprimées par MI portent le conflit qui oppose le décédé et la patiente. MI nomme le conflit, dune façon de plus en plus précise : en 9 puis en 13, il centre à la fois le type démotion (la rancune, en vouloir à) et lorigine de cette émotion (je leur en veux, qui désigne la soeur et la mère du décédé). Il revient à MN, en 14, de nommer les émotions : rancune, amertume. Dans le contexte axiologique du rituel, la rancune est considérée comme une émotion basse et pathogène. Elle devra donc être transformée au profit dune émotion haute et thérapeutique, ici le pardon et la compassion que demande MN en 18 : aider, comprendre (notamment comprendre quon est pas le seul à souffrir, comprendre la souffrance de lautre).
Dans le second cas, MI indique le phénomène de hantise avec une répétition des énoncés (enlève-les moi/ enlève-les moi, elle ma fait enfermer avec les rats/enfermer avec les rats). Lémotion exprimée est de lordre de lhorreur, et le jeu de MI pourrait tout dabord indiquer une forme de folie, si le contexte nétait pas celui du rituel. La désignation accusatrice faite par MI en 5 fait progressivement place à une interrogation (en 11 et 13 pourquoi/pourquoi) qui conduit à une amorce de confession (en 21 jai pas pu faire ça). Dans le dialogue se joue une sorte de théâtre des arrière-mondes, par lequel le public qui assiste à la scène comprend que lesprit est revenu se venger de ce que la patiente lui aurait fait, en la rendant malade. Lémotion thérapeutique qui doit alors prendre place est le pardon, qui sajoute ici à la gratitude exprimée par MI en 26 envers MN. Le sentiment dhorreur a été apaisé.
La question du contrôle expressif dont doit faire preuve MI met en jeu le statut du médium : il faut à la fois rendre lisible lémotion initiale et en indiquer la transformation. Le médium actualise un ensemble de techniques du corps (savoir modifier sa voix, son visage, ses attitudes), mais son art consiste aussi à construire une forme de dramaturgie qui prend en compte autant le travail interactif avec le médium négociateur, que le travail dune transe bien conduite. En effet, lapparition ritualisée de lesprit sur la scène est fonction de la performance de lacteur MI qui doit représenter lesprit, en respectant le rythme et lévolution demandée par le rituel. MI doit éconduire sur scène les émotions pathogènes en mimant cette libération. Le contrôle de MI sur les émotions initiales se soutient des interventions apaisantes de MN, qui induit par ses questions et ses suggestions la manière dont le jeu doit évoluer.
On voit combien le jeu des médiums fait appel à des stratégies élaborées pour jouer et régler la crise selon des passages obligés. Il y a une "entrée" de lesprit : les manifestations de MI sont à comprendre comme un appel, auquel MN répond le plus rapidement possible. Il y a une "sortie" de lesprit : à la fin de chaque incorporation, MI ouvre les yeux, mime une sorte de réveil (qui correspond aussi à lachèvement de la transe), et MN clôt la scène par des passes magnétiques dites de dégagement. Le cas de chaque patient doit être traité dans un travail conjoint, et le rituel ne supporte pas les malfaçons : MI ne doit pas jouer la résistance aux injonctions de MN, et MN doit maîtriser les émotions exprimées par MI. On peut dire ici que le jeu de MI est piloté par MN, qui conduit la crise vers son heureuse issue. Les rôles des médiums, institutionnalisés dans le rituel, puisent donc dans un ensemble dusages possibles du jeu théâtral, au sein dun contexte qui est ici celui dune forme de théâtre sacré.
Il faut encore que le tout fasse sens pour le patient et pour le public qui sont témoins de la scène. La saynète est proposée à linterprétation du patient. Si MI se laissait aller à une expression sauvage des émotions ressenties, il mettrait en péril toute interprétation possible. Ainsi la question du contrôle débouche sur celle de la co-adaptation des protagonistes pour produire au moins une matrice de significations. Les protagonistes sappuient sur un ensemble de croyances partagées avec le public, croyances plus ou moins élaborées selon les participants. Le contrôle de lexpression des émotions participe donc à la crédibilité du spectacle, qui se veut édifiant dans la mesure où il soutient une rhétorique concernant la survie des esprits (notamment, la démonstration que les esprits peuvent "prendre corps"). Cette maîtrise des médiums fait appel à ce que Goffman a développé sous le concept de discipline dramaturgique (1973 : 204) :
Lacteur doit donner lapparence dadhérer intellectuellement et émotionnellement à lactivité quil représente, mais il doit se garder de se laisser réellement entraîner par son propre spectacle afin de ne pas se laisser distraire de la tâche qui consiste à réaliser une représentation réussie.
Pour le public, dont les participants ressentent fortement les émotions jouées, le contrôle réussi conduisant à une gestion favorable de la crise constitue une formulation "exemplaire" : sa satisfaction se soutient alors de la certitude que le mal peut être évacué, ce que le rituel démontre.
RETOUR3.2 La rhétorique du rituel :
la moralisation et le travail du lien
Sur MN, "pilote" de linteraction, repose lissue heureuse de la crise. En termes médiumniques, il doit conduire à identifier lesprit souffrant et tourmenteur, convaincre cet esprit dabandonner son acharnement, puis mener ce dernier vers lapaisement afin quil accepte daller vers son destin et suivre la voie qui est celle des esprits. Au Brésil, MN est appelé doutrinador, endoctrineur. Son rôle est pédagogique, non seulement envers lesprit mais envers le patient. Lapaisement provient donc dune forme de socialisation du patient, que le mal récalcitrant isolait : toute maladie et toute souffrance étant interprétée comme leffet du lien mortifère avec un esprit, il lui faut apprendre à guérir le lien afin de procéder à un détachement, qui en langage de médium se dit dégagement. Le mal est le signe dun noeud de lhistoire conjointe entre lesprit et le patient : ce qui est noué empêche la circulation des destins. La crise qui monte dans le rituel rend manifeste ce noeud, et en donne les éléments de déliaison. Le travail de moralisation entrepris par MN suit le plus souvent un schéma identique, dont voici les points essentiels.
Au moment de lintervention de lesprit sur la scène, MN met rapidement en place le premier argument qui prend la forme suivante : "ce corps nest pas le tien" ( "ce corps" désignant celui du médium). En sadressant à lesprit, MN joue dune pierre deux coups. Il certifie verbalement lexistence de lesprit en sadressant à lui (peut-on sadresser à un être dont on nierait lexistence ?). Ce faisant, il est censé laisser parler par sa bouche un esprit évolué : on doit donc comprendre quil sagit dun esprit (évolué) parlant à un autre esprit (moins évolué). Le théâtre des esprits semble résoudre techniquement, en quelque sorte, la question de la survivance des esprits, en les mettant directement en scène. Ce qui est décrypté ici, cest le "savoir" des esprits : les uns savent quils nont pas de corps et lacceptent, dautres le nient et saccrochent alors au corps des vivants. En termes spirites, cest toujours lignorance qui est la cause du mal. Mais on voit comment ce double monde (celui des esprits) fait miroir au monde dici-bas, par lequel les médiums signifient au patient et au public quil y a "ceux qui ne croient pas ou pas assez" (et qui souffrent), et "ceux qui croient" (et qui savent donc résoudre leurs maux). Croire devient alors le vecteur de guérir : la thérapeutique qui conduit les émotions à leur apaisement induit en même temps vers lappartenance à un groupe de croyants. Ces croyants "savent" que le corps nest que lhabitacle temporaire dune âme, et apprennent que le guérir passe par cette croyance.
En effet, le deuxième argument prend le plus souvent la forme suivante : (si ce corps nest pas le tien), ton corps est mort et ce que tu as vécu dans ce corps est passé. Par ces mots, MN opère une séparation symbolique. Disant cela, il signifie au patient "ce dont tu souffres appartient au passé". Lemploi du passé composé est constant pour cette phase du rituel, et marque bien la coupure temporelle. Dailleurs, ce que "raconte" lesprit, sorte de récit condensé, désigne toujours quelque chose du passé (laccusation ou lauto-accusation porte sur une faute, un oubli, une blessure qui laissent des traces au présent). Si lorigine du mal se trouve dans le passé, la clé de lapaisement se trouve dans le présent : "tu nes plus dans ce cul de basse-fosse", etc... Voici donc le troisième argument : lemploi du présent entérine la coupure temporelle, soutenu par les désignations de "lici". Le médium appelle lesprit à se situer dans "lici et maintenant" : "regarde où tu es", "regarde en toi". Ce faisant, il met en présence lesprit et le patient. De leur confrontation peut naître le travail dun nouvelle émotion et dun nouveau lien : le pardon, la compassion, le détachement, lapaisement sont possibles à partir de la re-présentation de quelque chose qui appartenait au passé, non verbalisé, invisible, ruminé en permanence, du patient qui en est devenu malade.
Il faut souligner que leffet thérapeutique sorigine dans la prise de conscience par le patient, de cette part de son passé qui vient dêtre joué sur la scène. Lexpérience émotionnelle qui se fait jour lors du rituel est une forme de catharsis qui commence par extirper la part silencieuse de lhistoire du patient. Les scènes du théâtre médiumnique ne sont pas toujours efficaces dailleurs, si le patient ne "reconnaît" personne, si ce qui est joué ne représente rien pour lui. Il est possible également que le jeu, libre broderie médiumnique, fournisse une sorte de toile de projection sur laquelle le patient déchiffre des motifs que lui seul peut interpréter, un peu comme les taches de Rorschach. Parallèlement, le patient, comme le public, est appelé à prendre en considération ce quil peut faire au présent : à savoir prier pour les esprits souffrants, et mettre sa propre vie en ordre. Au long des rituels, des conseils sont donnés sur la conduite des liens avec les proches et sur lécologie de lâme. Une bonne moralité est le chemin des âmes saines, et lappel reste lisible : le rituel fournit les arguments qui aident au recrutement des membres. Chacun jugera si ce qui sest déroulé lors de la représentation est digne dêtre porté au statut de preuve. Les patients jugent également de lévolution de leur santé, dans la mesure où le travail du lien doit se poursuivre dans la vie quotidienne, le rituel nayant que fourni des pistes pour lavenir : "continue ta vie ta route". Faire croire et faire guérir ne dépend donc pas seulement du temps et de lespace du rituel : encore faut-il que le patient intériorise les normes qui participeront de sa nouvelle orientation dans lexistence. Ainsi, de patient désorienté, atteint dun trouble sauvage et persistant, le souffrant pourra devenir actant de sa nouvelle existence, apprenant à pacifier lorigine du mal en détissant les liens néfastes et les émotions mortifères. Lapprentissage démotions thérapeutiques ayant commencé lors du passage sur la chaise, devra se poursuivre.
Soulignons ici que cette thérapeutique se soutient dun discours portant explicitement sur la "médecine" des esprits. Les esprits malades, comme les patients, souvrent à la guérison par lentremise desprits-médecins qui conduisent la rhétorique. Cette médecine alternative met en avant lemprise du monde des âmes sur celui des corps. Dans cette médecine "spirituelle", le corps est lobjet que lâme peut techniquement façonner, les émotions étant un instrument que lon doit apprendre à maîtriser. La nouvelle donne, offerte dans linteraction, est parfois désignée : ainsi, dans le deuxième cas décrit, lorsque MI dit en 26 "merci de mavoir ouvert les yeux" il fait en même temps référence au travail du rituel. "Ouvrir les yeux" indique à la fois le travail cognitif et louverture technique vers la guérison, elle-même pensée comme le fruit dun apprentissage au sein duquel les émotions savèrent être la cheville ouvrière. En ce sens, le jeu maîtrisé des émotions fournit très certainement aux médiums eux-mêmes des éléments auto-thérapeutiques.
RETOURNotes
1. Jai donné quelques descriptions de ce rituel (Bergé 1990, 1995).
2. Dans ce discours, élaboré entre XVIIIème et XIXème siècle, les forces circulent selon léchange entre polarité négative et positive, les femmes étant considérées comme le pôle négatif, et les hommes, le pôle positif.
3. La représentation que les participants ont deux-mêmes dans le rituel, ainsi que la signification de ce dernier, reposent sur des savoirs partagés: cf. les analyses de Culioli (1990) et Schutz (1987), à la suite de celles de Goffman sur les présuppositions dun monde mental conjointement habitable (1987, 264).
4. Je fais ici référence aux entretiens que jai eus avec ces médiums.
5. Avec F.A. Mesmer (1734-1815) la crise issue des passes engendrait de très fortes manifestations (cris, pleurs, trépignations, rires incoercibles, spasmes et évanouissements, etc...).
6. Les médiums distinguent deux formes desprits souffrants : les esprits des ténèbres ou esprits errants, et les esprits familiers (proches du patients, qui sont décédés ou non).
7. Je me réfère ici aux analyses de Cosnier sur lempathie comme " partage synchronique détats psycho-corporels, cest à dire le fait quà un même instant, les partenaires de linteraction vivent et éprouvent un état semblable " (1994 : 86).
Bibliographie
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Cosnier J., 1994, Psychologie des émotions et des sentiments, Paris : Retz.
Culioli A., 1990, Pour une linguistique de lénonciation, Opérations et représentations, t. 1, Paris : Ophrys.
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Moreno J.L., 1975, Thérapie de groupe et psychodrame, Metz : CETL. (1ère parution, 1932).
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